78 morts : la révolte populaire qui a précipité le 14 janvier dernier la chute du régime de l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali, ainsi que les troubles qui ont suivi, ont fait 78 morts au total, d’après une déclaration du ministre de l’Intérieur, Ahmed Friaa.
Le précédent bilan officiel annoncé le 11 janvier, avant le changement de pouvoir, était de 21 morts. «Les troubles ont fait au moins 66 morts» avait annoncé de son côté la semaine dernière la présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), Souhayr Belhassen.
La plupart des victimes ont perdu la vie lors de la féroce répression policière envers la révolte populaire qui a débuté mi-décembre dans le centre-ouest déshérité du pays. La police a tiré à balles réelles à de nombreuses reprises sur des manifestants. Le ministre tunisien de l’Intérieur a souligné aussi que «plusieurs» membres des forces de sécurité figuraient parmi les victimes.
Il n’a néanmoins pas précisé si ces derniers avaient été tués lors de heurts avec des manifestants, ou s’ils étaient tombés sous les balles des miliciens en armes, loyaux à l’ancien homme fort du pays, suite à sa fuite en Arabie Saoudite vendredi.
3 milliards de dinars : La révolte populaire a également causé 3 milliards de dinars (1,6 milliard d’euros) de pertes, toujours d’après le ministre de l’Intérieur Ahmed Friaa.
Selon un calcul effectué par l’Agence France-Presse, basé sur des chiffres du Fonds monétaire international, ce montant représente environ 4% du Produit intérieur brut (PIB) de la Tunisie, qui s’est élevé en 2010 à 39,6 milliards d’euros.
M. Friaa a précisé que la révolte populaire d’un mois qui a eu raison du régime de Ben Ali ainsi que les violences de ces derniers jours ont entraîné une perte de 2 milliards de dinars en raison de la paralysie des activités intérieures, et de 1 milliard de dinars à cause de l’arrêt des exportations.
L’activité économique du pays est actuellement presque totalement paralysée. La plupart des commerces et des banques sont fermés.
Les dégâts: ont touché 33 délégations, 13 municipalités, 46 postes de la garde nationale, 85 postes de police, 43 agences bancaires, 66 espaces ou locaux de commerce et 11 établissements industriels.
On ne sait pas si ce bilan a tenu compte des victimes de l’incendie de la prison de Monastir, où au moins 42 personnes ont trouvé la mort. Tarek Mghirbi, médecin-légiste à l’hôpital principal de la ville, a précisé que 42 corps lui avaient été amenés. Selon lui, toutes les victimes semblent être mortes brûlées ou par asphyxie.
Par ailleurs, dans la ville côtière de Mahdia, des soldats stationnés dans la prison avaient ouvert le feu sur des détenus qui s’étaient rebellés en mettant le feu à des matelas et d’autres objets, portant à cinq le nombre de tués.
Désinformation: En réalité le nouveau gouvernement semble procéder dès le premier jour de sa formation à la désinformation. Il ne fait aucun doute que le bilan réel des morts comme celui des blessés survenus lors de cette révolution est largement supérieur.
On ne peut que se poser des questions sur les raisons de ce maquillage de la vérité. A fortiori puisque la Commission d’enquête sur le sujet, dont la création a été annoncée le même jour par le premier ministre, doit encore établir le nombre exact de morts lors de ces événements. Sauf si le gouvernement a déjà fixé son scénario pour le résultat des travaux de cette commission.
Une autre rétention d’information a été notée concernant le bilan des dégâts fourni par le ministre de l’intérieur. Celui-ci a occulté l’information relative au nombre de locaux du parti au pouvoir, Le Rassemblement constitutionnel démocratique –RCD, ayant été incendiés et saccagés au cours de ces événements.
Ces derniers ont étés les principales cibles de la contestation dans tout le pays. On peut affirmer qu’il n’existe presque aucun quartier ou village à travers la république où l’on ne trouve pas au moins un local du RCD qui n’ait été ciblé par ces actes.
La révélation du nombre de cellules et de sièges du parti ayant été ciblés par les manifestants, se comptant par centaines, aurait fourni un argument supplémentaire à toutes les voix qui demandent aujourd’hui la dissolution de ce parti. Ladite dissolution étant une revendication unanimement criée aux quatre coins du pays au cours des quatre semaines de contestation.
Il y a encore beaucoup à dire sur la prestation de notre ministre de l’intérieur, mais nous nous contenterons seulement de constater que les reflexes ancrés sont difficiles à changer (TW – 17 Janvier 2011)




